Les figures de style

Au collège et au lycée, on te demande en cours de français d’être capable de reconnaître et de commenter l’effet produit par l’utilisation d’une figure de style (appelée aussi figure de rhétorique).

 

Pour réussir un commentaire de texte au bac de français, tu en as besoin !

 

Je te propose une définition de ce qu'est une figure de style, un panorama des 10 figures de style incontournables et pour terminer une réflexion sur l'emploi des figures de style dans la publicité. 

1) Qu’est-ce qu’une figure de style ?

Cette question soulève bien des débats depuis Aristote et aujourd’hui encore dans le milieu de la recherche. On va simplifier pour que tu saisisses bien le concept.

Il s’agit d’un procédé par lequel on agit sur la langue, en mettant en avant ses particularités, afin d’accentuer son efficacité.

Une figure de style, c’est une utilisation particulière du langage, qui bouleverse son usage courant : agencement des phrases, choix d’un terme plutôt qu’un autre, combinaison particulière de mots, etc. Finalement, les figures de style sont un ensemble d’outils qui permettent de réinventer le langage humain, à l’infini.

Peut-être connais-tu l’œuvre de Raymond Queneau, Exercices de style. Dans cette œuvre, Queneau part de la simple description d’une situation et la décline de cent manières différentes. C’est assez impressionnant de se rendre compte à la lecture de cette œuvre des potentialités infinies de la langue et combien la forme choisie peut avoir un impact sur la perception et l’interprétation qu’en fera le lecteur.

On en arrive donc à la réflexion suivante : chaque figure de style est un indice placé pour provoquer une réaction du lecteur. Chercher les figures de style dans un texte, ce n’est certes pas un objectif en soi mais cela permet d’opérer une lecture approfondie du texte. Un procédé comme une figure de style n’est pas intéressant s’il est relevé pour être relevé mais il prend tout son sens lorsqu’il sert de base à une interprétation du texte, lorsque l’on en explique l’effet produit.

 2) Les DIX figures de style à connaître absolument 

- La comparaison

Deux éléments sont rapprochés à cause d’un élément commun grâce à un mot outil de comparaison, comme, tel, pareil à, ainsi que.

« Il est des parfums frais comme des chairs d’enfant,

Doux comme le hautbois, verts comme des prairies. »

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Correspondances », 1857

Grâce à l’utilisation des correspondances, Baudelaire décrit des parfums qui deviennent plus tangibles avec le toucher d’abord, l’ouïe ensuite, la vue enfin.

- La métaphore

C’est une comparaison sans mot-outil entre deux éléments. Le lien est implicite et donc plus ou moins intelligible.

Trois types de métaphores :

  • le comparé est présent.

« Mon brave, n’oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies »

Van Gogh, Lettres à son frère Théo, 1880

Pour décrire le pouvoir des émotions, il utilise une image militaire.

  • Il n’y a que le comparant.

Slogan de mai 68, « sous les pavés, la plage ! »

Trois métaphores cachées sous trois mots : pavés pour violence, émeute, révolution, plage pour fête, communion, eau, soleil, nudité, innocence, sous pour après.

  • La métaphore filée

La métaphore est prolongée par l’utilisation répétée d’une même terminologie. « Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin. » Apollinaire, « Zone » dans Alcools, 1913

Le décor champêtre est utilisé pour décrire l’urbain.

- La personnification

C’est la représentation d’une chose ou d’un animal sous une forme humaine.

« Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. – Et je l’ai trouvée amère.- Et je l’ai insultée. »

Rimbaud, Une saison en Enfer.

Rimbaud utilise la personnification pour parler de la beauté. Il représente ce concept sous une forme vivante, ce qui indique à la fois la familiarisation du poète avec la beauté et sa volonté de détruire les valeurs morales et esthétiques en place.

- L’antithèse

Il s’agit de mettre en regard deux réalités représentées respectivement par un mot, un groupe de mot, une voire plusieurs phrases qui s’opposent.

Voltaire, La Henriade, chant septième, 1723 : « Triste amante des morts, elle hait les vivants. »

- L’oxymore

Figure de style qui consiste à allier deux mots de sens contradictoires.

« Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie. »

Gérard de Nerval, « EL Desdichado », 1854

- Le chiasme

Dans le chiasme, les deux membres de la phrase sont reliés par le biais d’une relation symétrique inversée.

« Ce n’est pas l’Etat qui appartient au Prince, c’est le Prince qui appartient à l’Etat »

Denis Diderot, article « autorité politique » de l’Encyclopédie

 

L’antiphrase

C’est l’expression ironique d’une idée par son contraire.

« Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. […] » 

Voltaire, Candide, chapitre 3, 1759

- L’anaphore

Répétition d’un mot ou d’un groupe de mot en tête de phrase ou de vers.

Dans le célèbre J’accuse de Zola publié dans le journal « L’Aurore », du 13 janvier 1898, Zola réalise un plaidoyer en faveur du général Dreyfus accusé à tort de haute trahison. Il y dresse un réquisitoire contre ceux qui ont tout fait pour l’accuser et le faire condamner. Il débute chaque paragraphe par "J’accuse", l’anaphore lui permet de marteler comme lors d’un procès son réquisitoire avec beaucoup de force, cela souligne la notion de complot à l’origine de cette erreur judiciaire.

- L’énumération, l’accumulation

Cela consiste à juxtaposer des mots séparés par des virgules, cela accélère le rythme, crée le suspense, ou souligne l’abondance. 

« Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues. Il revint. » (FLAUBERT, L’Éducation sentimentale, 1869)

L'accumulation souligne ici le rythme du voyage.


- Le parallélisme de construction

Répétition de la même construction dans deux phrases ou deux propositions.

« L’un me rend malheureux, l’autre indigne du jour. »

Corneille, Le Cid, acte I, scène 6, 1637

Le parallélisme illustre ici le dilemme auquel est soumis Rodrigue entre l’honneur et l’amour. Il aime Chimène mais le père de Rodrigue demande à Rodrigue de sauver son honneur contre le père de Chimène, qui l’a provoqué en duel. On parle de choix cornélien.

 

3) Les figures de style, on en rencontre tous les jours ! 

On utilise en effet des figures de style quotidiennement, comme par exemple, lorsque tu es débordé(e) et que tu dis « j’ai mille choses à faire ! », c’est ce qu’on appelle une hyperbole.

Pour t’en apercevoir de manière évidente, tu peux te tourner vers la publicité ! Et oui, chaque jour, tu es confronté à un nombre important de figures de style à la TV, sur les panneaux publicitaires, dans les pubs YouTube, à la radio, etc.

Je te propose quelques exemples :

 

- « Synthol, ça fait du bien là où ça fait mal ! » : antithèse et parallélisme. Le consommateur est interpellé par cette antithèse qui lui donne l’impression d’un produit miracle. Le parallélisme de construction l’aide aussi à retenir le slogan, lorsqu’il sera en pharmacie dans le rayon, il est fort probable qu’il se souviendra de la marque et du slogan et il se tournera peut-être plus facilement vers ce produit plutôt que l’équivalent d’une autre marque.

- « C’est ceux qui en parlent le moins qui en mangent le plus ! » Tu reconnais le slogan de la marque Mccain, qui utilise aussi l’antithèse et le parallélisme de construction. L’emploi ici est très visuel, le sous-entendu est que l’on se régale tellement à manger ces frites qu’on n’a pas le temps de parler. 

- « Ricoré, l’ami du petit déjeuner » tu as reconnu une personnification de la marque de Chicorée, que le consommateur peut ressentir comme une vraie familiarité, un sorte de membre de la famille indispensable pour réussir le petit déjeuner. On a tous en tête la petite chanson, que l’on retient facilement grâce à la rime en é.

En résumé, les figures de style, il faut les connaître pour avoir un œil averti et critique sur le monde qui nous entoure !