Le Jeu de l’amour et du hasard

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, 1730

1) Le titre de l’œuvre

Le Jeu de l’amour et du hasard

2) Le nom de l’auteur

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux

3) La date de première représentation

1730

4) Le contexte

La carrière littéraire de Marivaux est variée : journalisme / roman / théâtre. Il s’intéresse particulièrement à l’analyse psychologique et au fonctionnement de la passion amoureuse, dans ses oeuvres : La Vie de Marianne, Le paysan parvenu, Arlequin poli par l’amour, L’île des esclaves, Le Jeu de l’amour et du hasard, Les Fausses confidences.
Marivaux a donné son nom à un style de langage galant, précieux et raffiné : le marivaudage. Le marivaudage est d’abord une utilisation particulière de la parole et par voie de conséquence du dialogue théâtral. Les personnages réagissent non pas à des idées mais à des mots, de ce rebondissement des mots naît la vivacité du dialogue. En émerge également une analyse particulière des sentiments : le mot est un révélateur qui précède la prise de conscience. Tout l’enjeu dramatique consiste à faire coïncider les mots et les sentiments, le langage et le cœur.

5) Le résumé de la pièce et ses enjeux

Le Jeu de l’amour et du hasard est une comédie en trois actes et en prose. La pièce est représentée pour la première fois le 23 janvier 1730 par les comédiens italiens à l’hôtel de Bourgogne.
Silvia souhaite élaborer avec la complicité de son père Monsieur Orgon, un stratagème pour découvrir incognito son futur époux. Elle échange ainsi son rang avec celui sa servante Lisette. De son côté, Dorante a la même idée…il prend ainsi la place de son valet Arlequin et devient Bourguignon, tandis qu’Arlequin prend le rôle du maître Dorante. Le spectateur et monsieur Orgon sont complices de ce double travestissement.
La pièce de théâtre entraîne un questionnement sur l’ordre établi et les préjugés sociaux en inversant les rapports maîtres-valets.
Malgré tout, Marivaux ne bouscule pas les codes de bienséance puisqu’au dénouement les maîtres finiront ensemble, et les valets reprendront leur position subalterne. L’ordre social n’est pas bouleversé.

6) Les spécificités de l’écriture

Plusieurs registres sont présents dans cette comédie de sentiments : le registre comique, le registre satirique, le lyrisme (le bonheur de Silvia), le registre pathétique (le désespoir de Dorante).
Le registre comique repose sur des aspects traditionnels de la farce (les jurons, les injures), on rencontre un petit peu du comique de gestes lorsque Dorante menace Arlequin de le bastonner, mais il repose principalement sur le comique de mots. En effet, les jeux de mots sont nombreux et variés : ils reposent tantôt sur une reprise antithétique, tantôt sur des périphrases ou des métaphores qui engendrent le sourire, sur le décalage entre les situations et les comportements (langage attitude). Existe enfin un comique de situation plus subtil : avec Mario et Monsieur Orgon, le spectateur en sait plus que les personnages. Il a donc une position confortable de l’observateur privilégié.

7) Les grands thèmes de l’œuvre

• Suis-je aimée pour ce que je suis ?
Nous sommes dans une comédie. Le sujet ne porte pas sur une affaire de grands intérêts d’État mais sur une affaire privée, le mariage de deux jeunes gens. Contrairement aux comédies de Molière, l’obstacle principal ne réside pas dans le refus des parents à leur union, mais dans la décision des deux jeunes gens eux-mêmes. Rendue socialement possible par l’évolution des mœurs XVIIIe siècle, c’est l’émancipation de la femme qui entraîne un nouveau type de comédie : la comédie de sentiments. Nous allons assister à la naissance de l’amour, à la prise de conscience de cet amour, et à la déclaration à l’autre de cet amour. Finalement, l’intrigue porte sur « la surprise de l’amour ». Les obstacles sont donc ici intériorisés, ils sont liés aux préjugés et à l’amour-propre des personnages.
La grande question du Jeu de l’amour et du hasard repose sur la sincérité. En effet, il s’agit de se demander jusqu’où être sincère dans ses relations sociales et amoureuses. Doit-on duper les autres ou se duper soi-même ?
• Le travestissement pour être intégré à un groupe social et la sincérité.
C’est un débat encore très actuel : jouer un rôle pour plaire à l’autre, être accepté dans un groupe. Parfois, on opère un déguisement de la personnalité, voire un déguisement vestimentaire pour être accepté au sein d’un groupe. Exemple : les rappeurs ont un style vestimentaire bien marqué, de même que les squatters. Ils se reconnaissent au sein d’un même groupe : on se déguise pour appartenir à un même groupe et on joue un rôle.
• Le langage comme révélateur de la personnalité.
Le langage sert à deux choses : il sert à la communication, mais il sert aussi à se connaître soi-même. Les mots engagent et révèlent la personnalité par la polysémie mais aussi par les subtilités qu’ils engagent. C’est un des aspects les plus profonds du marivaudage. Pour t’aider à comprendre cette idée, tu n’utilises ainsi pas le même langage avec les copains qu’avec les adultes…
• L’émancipation féminine.
Nous sommes au XVIIIe siècle. On n’est plus dans le cadre des comédies de Molière où le mariage est forcé et les femmes n’ont pas leur mot à dire, dans la mesure où ici, Sylvia n’est pas forcée par son père à épouser Dorante. Elle rêve d’un mariage d’amour.

Pour conclure, la pièce de Marivaux, en apparence légère, est en réalité complexe sur le plan de l’analyse psychologique des personnages.

Livre les Fleurs du Mal.jpg